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5 - Gérer l’attente et le refusLa première lettre de refus est un vrai choc : trois lignes annonçant avec une froide indifférence que « votre ouvrage n’entre pas dans le cadre de nos collections », ou que « malgré des qualités évidentes, il n’a pas fait l’unanimité au sein du comité éditorial ». Ils ont plusieurs formules comme ça, toutes plus vagues et stéréotypées les unes que les autres. Cette lettre est une lettre type, tous les auteurs refusés reçoivent exactement la même, n’y cherchez pas de message subliminal ou un quelconque encouragement adressé spécialement à vous. Certains éditeurs renvoient automatiquement le manuscrit rejeté, d'autres demandent des frais de port. Si vous ne le réclamez pas, il sera détruit. Vous ne saurez rien des véritables raisons qui ont motivé votre rejet.Vous pouvez toujours essayer de demander votre fiche de lecture pour savoir ce qui ne va pas avec votre manuscrit, mais les éditeurs ne les communiquent généralement pas. Vous ne saurez rien non plus de l’obscur jury qui vous a cloué au pilori. Qui sont ses membres, que font-ils, ont-ils la légitimité nécessaire pour vous juger ? Mystère. Essuyer deux, trois, parfois quatre refus est tout à fait normal, cela arrive régulièrement à des auteurs confirmés. Vous ne devrez commencer à sérieusement vous inquiéter qu’à la cinquième ou sixième lettre type : c’est le signe que quelque chose cloche avec votre manuscrit. Ne vous précipitez pas pour refaire une nouvelle liste d’éditeurs, attendez la suite des retours et essayez de vous faire une raison. Il y aura peut-être une bonne surprise, mais ne comptez pas trop dessus. Au bout du dixième refus, les carottes sont pratiquement cuites (Bernard Werber a essuyé vingt refus avant que les Fourmis ne soient accepté chez Albin Michel !!!). Lorsque le rejet est unanime, dites-vous bien que c’est à cause de votre manuscrit. Beaucoup se consolent de leur échec en rejetant toute la faute sur l’éditeur. Leur livre était bien trop original, bien trop d’avant-garde, bien trop libre et fier pour une édition française qui ne brille pas par son courage ! Après tout, Marcel Proust a été contraint d’éditer son monument à compte d’auteur chez Grasset ; John Kennedy O’Toole a été tellement déprimé par l’accueil fait à son livre aujourd’hui cultissime, La conjuration des imbéciles, qu’il s’est suicidé. Il est certes plus agréable et valorisant de se dire que son manuscrit appartient à la prestigieuse catégorie des chefs d’œuvre méconnus que de devoir reconnaître, la mort dans l’âme, qu’il ne vaut pas un clou : les Marcel Proust ou les Kennedy O’Toole sont statistiquement aussi rares que des truffes de dix kilos. Aussi hermétiques, opaques, convenus, hargneux et méprisants soient-ils, les comités de lecture ne sont pas stupides au point de les laisser filer lorsque, par miracle, ils tombent sur un bijou de ce genre. La réalité est beaucoup prosaïque : l’écrasante majorité des manuscrits expédiés par la poste sont rejetés soit parce qu’ils entrent dans la catégorie qui a le don de mettre les éditeurs hors d’eux (voir page 3), soit parce qu’ils sont vraiment très mauvais. Intrigue qui ne tient pas la route, dialogues idiots, personnages nuls, écriture tout juste au niveau d’une rédaction de lycéen. Ceux-là ne verront jamais s’abaisser le pont-levis de Fort-Livre, il vaut mieux les oublier, définitivement. Sans regrets : il n’existe pas d’écrivain qui ne traîne derrière lui un plein tiroir de rebuts honteux. Ceux qui prétendent le contraire mentent. Il existe un autre type de manuscrit refusé, beaucoup plus rare que le premier : celui qui a vraiment quelque chose, du coffre et du potentiel, mais qui est encore très maladroit dans sa forme. Mauvaise construction, passages bâclés, écriture limite. Celui-là peut être sauvé, à condition de le reprendre et de le retravailler en profondeur. Il arrive parfois qu’un éditeur, ayant repéré la perle brute, la prenne sous son aile et fasse l’effort de la peaufiner avec l’auteur. Malheureusement, le cas est de plus en rare et le bon livre potentiel sera mis de coté comme les autres, sans un mot d’encouragement …
Ne pas se dire que c'est la faute de l'éditeur, et accepter que son manuscrit ne soit pas aussi bon que prévu. Faire son bilan de compétence : poser son stylo pendant quelques semaines, voire quelques mois, et tenter de cerner, le plus objectivement et humblement possible, les raisons pour lesquelles on s’est fait jeter de partout. Sait-on vraiment écrire ? A-t-on la capacité de raconter une histoire ? D’ailleurs, a-t-on quelque chose à raconter ? Pour savoir où on en est par rapport à ça, le mieux serait de se faire relire par une personne extérieure, objective et compétente. Par un conseiller littéraire, par exemple, ou par un auteur confirmé (les profs et les libraires ne sont pas très bons pour ça). Si c’est impossible, alors il faut avoir le courage de le faire soi-même. Lire, lire, et encore lire… Ce n’est qu’en comparant son travail avec celui des autres qu’on arrivera à mettre le doigt sur ses manques et ses insuffisances. L’écrivain autodidacte est un mythe, et un écrivant n’a aucune chance de publier un jour s’il s’obstine à ignorer les recettes éprouvées, les ingrédients mille et mille fois utilisés, les petites et grosses ficelles du métier. L’écriture n’est pas un art mais un artisanat qui réclame un certain savoir-faire. La plupart des écrivains l’ont acquis grâce à la lecture, la meilleure école d’écriture qui soit. Il faut lire de manière professionnelle, froide, intelligente, détachée, et non comme le lecteur lambda qui attend juste une bonne histoire. Il faut étudier les mots, les phrases, les expressions utilisées, la manière dont les autres tournent leurs dialogues, leur façon de décrire un personnage. Chercher ce qui fait la différence, pourquoi on rit à un endroit et on pleure à un autre, pourquoi ici on accroche et là on décroche. Il faut lire avec un stylo à la main, noter, recopier, décortiquer, mettre de coté ce qui a emballé et ce qui a déçu, essayer de comprendre pourquoi. S’imposer des exercices d’écriture, s’entraîner à écrire une scène d’amour, un meurtre, une description ; s’astreindre à écrire régulièrement des nouvelles ; comparer son travail avec celui des autres et repérer leurs ficelles, leurs trucs et astuces (voir Bibliothèque). Le mot, la phrase, le style ne doivent pas devenir une obsession. S’il y a vraiment des lacunes de ce coté, qu’on ne peut pas s’en sortir seul, ne pas hésiter à s’inscrire à un atelier d’écriture. Le bon usage de la langue n’est pas inné, savoir tourner de belles phrases n’est pas un don du ciel, cela s’apprend. Ne pas écouter les auteurs et critiques français qui ont tendance à en faire des tonnes sur le processus d’écriture lui-même, et deviennent franchement antipathiques quand ils osent asséner d’un air extatique que tout ça, les belles phrases, le style, tout le tralala du verbe, ça vient comme ça, ça ne s’explique pas. Comme dans Harry Potter, d’un coup de baguette magique… Le mot seul, aussi beau soit-il, n’a jamais fait un bon livre. Pas besoin de devenir un as de la langue française pour écrire de bons bouquins : le style d’un Bernard Werber, d’un Guillaume Musso, d'un Lévy, d’un Grangé, est à la limite du rudimentaire, et pourtant cela marche (voir les dix auteurs qui ont le plus vendu en 2007). Pour une raison simple : ils savent raconter d’excellentes histoires, ce que pratiquement tous les éditeurs réclament aujourd'hui. Toujours privilégier le fond sur la forme, ce qu’on a à dire sur la manière de le dire. Appliquer la méthode de James Ellroy, célèbre auteur de polars américains qui construit toujours ses histoires de A à Z avant de se lancer dans leur rédaction. S’assurer d’abord qu’elle fonctionne bien, que les personnages et les situations décrites sont crédibles avant de passer à l’écriture. Ecrire simplement, faire des phrases courtes, laisser tomber le vocabulaire qu’on ne maîtrise pas, ne pas vouloir faire poétique à tout prix, user des adjectifs et des adverbes avec parcimonie. Enfin, faire l’effort de se relire à voix haute : les maladresses, les expressions tordues et les phrases bancales deviennent évidentes lorsqu’on les a sur la langue ! Sommaire / Page 1/ Page 2/ Page 3 Lire la suite |