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Entretien avec Michel Monnereau : "J'écris toujours contre" Vous êtes un
auteur "arrivé par la poste", ce n'est donc pas un
mythe... Comment cela s'est-il passé ?
J’avais une bonne
image de La Table Ronde, alors j’ai tenté ma chance. Je l'ai trouvée en la personne de Anne-Cécile Malabre de Gaudemar*, qui a lu, aimé et défendu le
manuscrit. Elle m’a téléphoné et l’aventure commençait…
Succès
critique pour le premier roman, succès de librairie pour
le second. Combien en avez-vous vendu exactement?
Le second roman
était à près de 12.000 exemplaires fin décembre
2007. Les ventes continuent, doucement, et il doit être maintenant entre 14
000 et 15 000 exemplaires. Les deux livres paraîtront en poche chez J’AI LU en
2009. La pression monte-t-elle pour le troisième? Dans quel état d'esprit êtes-vous ?
Pas de pression
pour le troisième. La preuve : il était budgété pour la rentrée 2008, il
ne sortira qu’en janvier 2009. J’ai repris le manuscrit et j’espère qu’en
restant moi-même, il rencontrera le public. Cela étant, il faudrait friser le
même score pour être sûr que c’est mon écriture qui séduit et que le succès du
second n’a pas été un simple coup de chance. Si les libraires
m’aident autant… Merci à eux pour leur amour de la littérature !
Qu'est-ce
qu'écrire pour vous? Une passion, une nécessité, un
passe-temps ?
Une passion. Je
note, je note, je note. Des mots, des expressions, des titres, des phrases… Sur
des feuilles volantes souvent. Une expression réussie peut sauver une journée
morose ! Avez-vous
envie de faire de l'écriture un métier ?
Mon
cas est
particulier. Je suis venu au roman tardivement, trop tard pour en faire
un
métier. J’y avais pensé à 20 ans, avant de savoir écrire, mais plus
ensuite. J’ai
préféré vivre plutôt qu’écrire. J’ai écrit des textes courts, de la
poésie parce que c’est l’essence de la littérature, l’épure. En ce
sens, c’est satisfaisant. Mais
le monde de
l’édition poétique est très étriqué et, un jour, j’ai décidé de prendre
mes distances avec lui. J'ai cessé les critiques de recueils que je
livrais à des revues depuis dix ans et je me suis mis à écrire des
romans. A écrire pour moi. Je voulais
le faire un jour. Ce qui ne signifie pas que je ne mijote pas quelques
poèmes
de temps à autre, « sérieux » et humoristiques, pour adultes
et pour la
jeunesse. On est polygraphe ou on ne l’est pas !
Que pensez-vous des auteurs de
best-sellers, comme Marc Lévy ou Guillaume Musso ?
On ne boxe pas
dans la même catégorie. Ils pensent séduction et ventes, donc produit. Ce n’est
pas un jugement de valeur, c’est un constat. Je ne m’amuserais pas à écrire ce
type de livre.
Quels sont vos
écrivains favoris du moment et vos "phares" parmi ceux du passé ?
Pas de phares
mais des lumières. Je veux dire par là pas d’œuvre intégrale, mais des livres des uns
et des autres. Je tairai les noms des écrivains d’aujourd’hui ; je dirai
simplement que, comme j’aime les langues qui bougent, j’ai une attirance pour
le roman noir. Il s’y passe souvent plus de choses dans les phrases que dans
les ronronnements des livres qualifiés de romans. Je pense à Nan Aurousseau, Marc
Villard. Chez les anciens : Le Voyage…, La Recherche, quelques Alejo Carpentier,
certains John Fante… et puis les formidables « petits maîtres » que
sont Henri Calet et Emmanuel Bove.
Pour écrire,
faut-il avant tout être lecteur ?
Je le crois. Pas
nécessairement un lecteur boulimique mais un lecteur qui aime savourer les
phrases.
L'angoisse de
la page blanche, ça vous est arrivé ?
Non. Mon métier
(concepteur rédacteur en publicité) m’a appris à me l’interdire. Quand je
prends une page, c’est que j’ai soif d’écrire. Sinon, je me mets en état
d’écrire.
Comment et où
écrivez-vous ? Avez-vous des rituels, un côté
fétichiste? Stylo ou ordinateur ?
J’écris au stylo,
n’importe lequel, et n’importe où. Chez moi tard le soir, au café ou dans ma
voiture, en attendant ma femme comédienne devant un studio d’enregistrement.
Ensuite, saisie à l’ordinateur, en modifiant éventuellement, puis impression et
relecture(s).
Etes-vous prêt
à retravailler un livre si l'éditeur vous le demande?
Oui, si les
remarques me semblent bien fondées. Elles le sont très souvent, hélas ! Pour
le premier, très très peu de remarques. Un peu plus pour le second.
Quels sont vos
projets ?
Écrire un roman
plus fort, toujours plus fort. J’écris toujours contre. Contre le précédent.
Publier à nouveau des poèmes. Voir monté à Paris le spectacle-lecture tiré de
mon recueil « LES ZHUMORISTIQUES » ainsi qu’une pièce de théâtre
écrite dans le même style que mes romans. Je cherche !
Que peut-on
vous souhaiter ? De rester vivant
pour écrire.
Propos recueillis par Marie Jolivet. * : Anne-Cécile Malabre de Gaudemar a quitté depuis ses fonctions à la Table Ronde
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