La lettre de la Fabrique du Livre


La Fabrique du Livre est né d'un ras-le-bol : celui des beaux discours sur l'écriture, sur le monde du livre et sur l'édition. Entre la réalité et ce qu'en disent les écrivains installés, les critiques et les éditeurs, il y a un véritable gouffre.

L'écriture, d'abord. Les mythes à ce sujet ont la peau tenace en France, où elle est tenue pour une activité quasi-sacrée, réservée à une poignée d'élus qui auraient reçu le Don et qui s'emplissent la bouche à longueur d'entretiens de lieux communs du genre : "Ecrire est une souffrance", "Cela ne se commande pas", "Cela vient comme ça, je ne me l'explique pas", etc. etc. C'est faux. La plupart des écrivains préfèreraient se faire écorcher vif plutôt que d'avouer qu'ils ont sué sang et eau pendant des années avant de réussir, enfin, leur livre. Certes, il faut un minimum de talent, mais ce n'est pas ça qui va faire la différence : c'est d'abord le travail.
L'écriture est un artisanat, basé avant tout sur un savoir-faire qui peut s'acquérir par la pratique et l'apprentissage.
Tel est le credo de la Fabrique du Livre, et elle s'y tiendra.

Le "bien écrire"
, ensuite. Le beau style, la langue riche, précieuse, poncée comme une statue de Michel-Ange... Les milieux littéraires le placent au-dessus de tout dans leurs critères de jugement d'une œuvre, et c'est en fonction de ce "bien écrire" qu'ils décident si c'est de la "vraie" littérature ou pas. Ce qui est simplement "écrit" - c'est déja beaucoup, à nos yeux ! - est tenu dans le plus profond mépris, et ils ne daignent l'aborder, du bout des lèvres, que contraints et forcés par le succès. Le monde du livre est un monde de castes, avec tout en haut de la pile les aristocrates, les virtuoses de la plume et du verbe, les flamboyants de la phrase, les as du point-virgule. Tout en bas de l'échelle, il y a les manants au vocabulaire limité et aux phrases type "sujet/verbe/complément d'objet". Ils se recrutent essentiellement dans ces sous-genres que sont le polar, le thriller, la fantasy, le roman rose... Ceux que le public, les lecteurs, s'arrachent et que les éditeurs recherchent en priorité ! Pas d'aristocrates ni de manants à la Fabrique, seulement des gens qui écrivent comme ils le peuvent, comme ils le sentent, comme ils en ont envie.
 
Le monde de l'édition, enfin. Il peut être très dur, très brutal envers les purs, les innocents, les naïfs qui n'ont pas été préparés à l'affronter et qui ne possèdent pas les clés nécessaires pour le décoder. Le rejet y est violent, sans appel, sans explication et peut traumatiser durablement. Entre ce qu'ils prétendent attendre d'un auteur et d'un livre - originalité, "bel écrire", émotion, etc, etc. - et ce qu'ils veulent et publient vraiment, il y a un sacré fossé. L'édition française ressemble de plus en plus à une place forte, surveillée par des gardes en armes et cernée de fossés infranchissables, une citadelle inexpugnable à l'interieur de laquelle les éditeurs vivent retranchés, bien à l'abri des hordes qui les assaillent. Avis à ceux qui veulent tenter leur chance : il va falloir sérieusement s'accrocher !

Voila pourquoi la Fabrique du Livre a décidé de mettre son expérience au service de ceux qu'on appelle les"écrivants", appellation très laide qui désigne les personnes qui écrivent mais qui ne sont pas publiées (on lui préférera "auteurs"), particulièrement vulnérables, isolés, inondés de stéréotypes, de préjugés et de jolis contes de fées qui ne concernent en réalité qu'une infime minorité. Ici, ils ne trouveront pas de discours ni de théories brumeuses sur la littérature, pas de mensonges ni de promesses inutiles mais une vraie information, une aide concrète et, nous l'espérons de tout coeur, vraiment utile.



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