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Comment donner vie à son personnage ?1- Émotions, réactions et imagination Il est temps de passer de la théorie à la pratique, de la conception à
la réalisation. Faire passer vos personnages de l'état d'êtres
virtuels, chargés de potentialités, à celui d'êtres réels, accomplis, vivants et autonomes. Non seulement vous allez devoir les
mettre en scène, les faire bouger et parler, les
plonger dans des situations plus rocambolesques les unes que les
autres, mais aussi et surtout les confronter à leurs
fantômes, les faire
réagir, penser, éprouver et ressentir. Réussir à saisir et à
transmettre au lecteur les émotions, les sentiments qui les habitent.
Ce n'est pas toujours très facile. L'auteur n'a bien souvent rien à voir avec ses personnages, et le problème qui se pose alors est : comment savoir ce que ressent un parfait étranger ? Quelles sont les émotions qui peuvent bien l'agiter ? Que peut-il bien avoir en tête ? Chercher la vérité et l'authenticité Dans le monde réel, nous sommes
régulièrement confrontés aux émotions, aux sentiments, aux états
d'âmes et aux angoisses des autres. Ils se déversent par tombereaux sur
notre pauvre esprit, mais ne nous touchent pas de la même manière. Ceux
auxquels nous sommes le plus sensibles, qui nous remuent de fond en
comble, provoquant des réactions parfois violentes de notre part, ne
sont pas nécessairement ceux qui s'expriment de la façon la plus forte,
la plus spectaculaires. Ce sont les plus sincères, les plus profonds,
les plus authentiques. Les plus vrais. Il en va de même avec les personnages de fiction. Chaque réplique, chaque geste, chaque réaction et chaque émotion du personnage doivent non seulement sonner juste, c'est à dire être cohérents avec ce qu'il est, mais de plus ils doivent être vrais. L'un des plus beaux compliments qu'un lecteur puisse faire à un auteur est : "Il a réussi à me faire entrer dans la tête de ses personnages". Le lecteur doit être touché, bouleversé, anéanti par la douleur, la haine, la rage, l'amour, la tristesse que peut exprimer le personnage dont il lit les aventures; il doit pouvoir le comprendre, entrer en résonance, en empathie avec lui pour que l'alchimie prenne. Ce qui peut poser un gros problèmes à leur créateur. En effet, dans le monde réel, les gens ne font qu'exprimer ce qu'ils ressentent, ils livrent leurs pensées, décrivent leurs propres état d'âmes. Rares sont ceux qui font l'effort "d'entrer dans la tête des autres" pour essayer de comprendre ce qui s'y passe, et pouvoir parler en leur nom. Les personnages fictifs en revanche ont besoin de leur créateur pour prendre vie et s'animer. Il arrive parfois que les deux se confondent, dans l'autofiction par exemple. Le principal personnage n'est autre que l'auteur, et il aura donc les mêmes réactions, les mêmes sentiments, les mêmes pensées, etc. L'auteur n'a qu'à se plonger en lui-même pour obtenir tout le matériau dont il a besoin, un matériau vrai, authentique et sincère (en théorie...). "Je suis mon personnage, or j'ai ressenti ça, donc mon personnage aussi". C.Q.F.D Le plus souvent, l'écrivain et son personnage font bande à part, et ne peuvent être confondus l'un avec l'autre. Ce qui est heureux : bien des livres auraient eu alors pour auteur de véritables monstres, bons à enfermer à vie. Stephen King, grand maître de l'horreur qui a à son actif une atroce galerie de psychopathes et de créatures assoiffées de sang est un homme paisible, menant une vie de famille sans histoire. Jonathan Littell, auteur des Bienveillantes, ne peut être confondu avec l'abject officier nazi de son roman. Leurs personnages sont pourtant criants de vérité et d'authenticité. Comment fait-on pour "entrer dans la tête" d'un nazi, d'un tueur dément ou d'un monstre ? Comment fait-on pour viser juste et vrai, pour savoir très exactement ce qu'ils pensent et comment ils pensent ? Ce qu'ils ressentent à un moment donné ? Décrire les émois amoureux d'une gamine de 14 ans lorsqu'on en a cinquante, la satisfaction d'un tueur en série cannibale lorsqu'on tourne de l'oeil à la vue d'un steak saignant, la douleur d'une mère qui a perdu son enfant alors qu'on est un célibataire de 20 ans... C'est cela, être écrivain. Éviter de transformer son personnage en un automate stéréotypé Une
solution consiste à se dénicher une personne réelle qui
ressemble à son personnage, l'étudier et s'en inspirer. Ce
n'est pas toujours jouable. On peut toujours trouver dans son entourage
une gamine de 14 ans, mais il est
difficile d'aller toquer à la porte d'un pédophile et
lui demander de nous expliquer dans le détail ce qui le pousse à
violer
des enfants, et ce qu'il ressent à ce moment-là (est-on vraiment sûr de
vouloir entendre ce genre de chose ?). Il est tout aussi ardu de
dénicher un assassin, un tueur fou, un général mexicain ou un
alchimiste. La plupart du temps, l'auteur désireux de s'inspirer d'un
personnage réel doit se rabattre sur la documentation disponible,
livres, témoignages, interviews, etc. C'est beaucoup de travail, et
grande est la tentation de se cantonner prudemment aux clichés,
aux lieux communs, à ce qu'on a lu, vu et entendu à propos
des pédophiles,
glanés ici ou là dans la presse, la télé, les bars. On risque alors de
créer un automate. Si vous faites vivre votre tueur, votre gamine, la mère qui a perdu son enfant comme vous pensez que vivent les tueurs, les toutes jeunes filles ou les mères confrontées à la mort, vous allez vous contentez de plaquer sur votre personnage une série de clichés, des pensées et des émotions stéréotypées qui vont le faire ressembler à une marionnette. Qui n'est jamais tombé, au détour d'une lecture, sur un de ces personnages étrangement désincarné, omniprésent dans l'histoire et pourtant absent, comme étranger à lui-même, agissant et réagissant de façon mécanique ? Tout colle pourtant, le personnage est très cohérent, son environnement lui va comme un gant, il n'y a aucun "bug" de construction, et pourtant ça ne fonctionne pas. Ses répliques sonnent creux, ses actions semblent téléphonées, sans parler de ses émotions. Une coquille vide, dépourvue de vie intérieure et actionnée de l'extérieur. Tout ce que vous pourrez lui faire dire ou penser sonnera emprunté, théorique, froid. Il n'aura pas de vraies émotions, pas de vrais sentiments, juste des hypothèses d'émotions et de sentiments. <<< Sommaire <<< Comment créer un bon personnage de roman ? Lire la suite >>> |