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Librairie
Devenir écrivain. Un peu,
beaucoup, passionnément. Alain André.
Editions Leduc.s
Le
titre de ce livre est assez trompeur : ce n'est pas un guide pour
devenir écrivain, avec des tas de recettes et une liste de choses à
faire et à ne pas faire. Son auteur, Alain André, fondateur et
directeur
des ateliers d'écriture Aleph,
ne se pose pas en donneur de leçons mais
en passeur chaleureux et bienveillant, amenant doucement son lecteur,
par petits sauts progressifs, à se défaire de sa vieille peau pour
revêtir celle de l'écrivain. Dans la première partie du livre, après
avoir levé les inhibitions, les craintes, les complexes qu'on
peut
avoir vis-à-vis de l'écriture, chassé mythes et idées fausses du
genre "l'écriture est un don", il nous fait "entrer
en
écriture" en commençant par nous démontrer qu'écrire...
s'apprend
justement ! Il nous enseigne comment pratiquer régulièrement,
nous
aide à surmonter pannes et doutes - tordant le cou au passage à cet
autre mythe qu'est l'originalité à tout prix - nous conseille sur la
meilleure manière de gérer son temps et son espace, etc... Une fois
installé devant notre feuille (ou l'écran de l'ordinateur), Alain André
passe à la seconde partie, "Apprendre son métier" : il discute style,
genres et modes de narration, nous pousse à trouver notre
propre
voix (sa musique), nous donne quelques astuces pour tenir le coup dans
cette aventure au long cours qu'est un roman, nous soutient et nous
guide jusqu'à l'envoi du manuscrit à un éditeur. Chaque étape de cette
"quête" est ponctuée par un exercice d'écriture - pas vraiment trivial
! - se rapportant au sujet qui vient d'être traité : sortir dans la
rue, apprendre à observer et saisir des instantanées de la vie ;
s'exercer à écrire à volonté, n'importe où et n'importe quand ; écrire
un haïku ; repérer les stéréotypes, etc. Il ne sont pas là pour la
frime, loin s'en faut, c'est un véritable petit atelier d'écriture qui
permet de tester sa volonté et sa détermination, basé sur une évidence
qu'on ne rappellera jamais assez : devenir écrivain réclame du travail,
beaucoup de travail,
L'approche
décomplexée, débarrassée des clichés d'Alain André est simple et très
pédagogique, avec quelques petits bémols cependant : le choix des
exemples. Les écrivains cités et donnés en
modèle sont
un poil trop précieux à notre goût. Alain André fait trop
pencher
la balance du coté du "bel écrire" - les exercices d'écriture proposés
sont très exigeants là-dessus - avec des virtuoses de la langue comme
Pascal Quignard, Claude Simon, Georges Perec et ignore les auteurs plus
populaires. Son territoire de prédilection est clairement l'écriture,
le bon usage ou pas de la langue, qu'il a privilégié par rapport au
reste, histoire, intrigue etc. Malgré cette petite réserve, ce livre
est un précieux compagnon de route recommandé à tous les
débutants, aux
hésitants, aux timides désireux de s'investir dans leur passion mais
qui
ont besoin d'être encouragés et pris par la
main. Les dilettantes en revanche peuvent passer leur chemin.
Ecriture. Mémoires d'un métier.
Stephen King. Le
Livre de Poche
On avoue un grand faible pour ce livre franchement jubilatoire,
propre à balayer tous les doutes et les idées reçues par rapport à
l'écriture. Dans la première partie du livre, Stephen King revient
sur son parcours, des films d'horreurs de son enfance, de son premier
roman d'adolescent vendu au collège, du gros clou planté dans le mur
auquel il accrochait ses manuscrits refusés jusqu'à son premier succès,
Carrie.
Il ne cache rien de son alcoolisme et de sa dépendance à la drogue,
évoque avec drôlerie la vie difficile qu'il a fait mener à sa famille
avant de devenir l'auteur à succès qu'on connait. Puis il passe ensuite
aux choses sérieuses, qu'il définit lui-même comme "le catalogue de tout ce que je
sais pour écrire de bons romans".
King est un auteur populaire, il le revendique haut et fort et ne se
prive pas de cogner sur ceux qui prétendent que ce n'est pas
de la
vraie littérature. Il n'a cure du "bel écrire" :
un bon écrivain ne se juge pas à son style mais à son histoire et à sa
manière de la raconter. Il parle de son métier comme un plombier,
un charpentier ou un médecin le ferait du sien, avec humour et
simplicité. Il traite son lecteur en ami, en complice, allant droit au
but, prodigue de conseils illustrés d'une multitude d'exemples
concrets : qu'est ce qu'une vraie bonne histoire, comment lui-même a
trouvé les siennes, où a-t-il puisé ses personnages, etc... C'est très
instructif, surtout lorsque King revient en détail sur les livres qui
lui ont causés pas mal de soucis, tel Le Fléau,
nous racontant par le menu son blocage et la manière dont il s'en est
sorti. Il nous parle boutique, il nous met les mains dans le cambouis,
soulève le capot des romans et nous plonge dedans sans ménagement,
diagnostique les pannes, les mauvais câblages avec un éclat de rire,
parfois avec une moue de mépris. C'est du robuste et de
l'efficace, à l'américaine, et le lecteur ressort de cette lecture
ragaillardi,
rafraîchi, débarrassé de l'encombrante mythologie de l'écrivain. En un
mot : libre. Libre d'écrire à sa manière, de bâtir un roman avec ses
propres outils, avec les deux, trois petites choses qu'il sait déjà
(règle d'or : ne jamais écrire sur ce que l'on ignore) et celles que
l'ami King l'aura aidé à obtenir. Une magistrale leçon d'écriture et
d'humilité, qui
se clos sur
le pire épisode de la vie de l'écrivain, intervenu alors qu'il
planchait sur cet ouvrage : l'accident qui lui a ôté toute envie
d'écrire pendant des années.
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