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En 2005, on estimait à environ 20 000 les auteurs ayant touché des droits d’auteurs, c’est à dire à qui leurs livres ont rapporté quelques petits sous ( source : La condition littéraire. La double vie des écrivains. Bernard Lahire, éditions La Découverte). Moins de 2 000 d’entre eux ont reçu suffisamment d’argent pour pouvoir être considérés comme des professionnels de l’écriture, c’est à dire des gens dont le gros des revenus est apporté par leur activité littéraire. Environ 40% d’entre eux vivotent avec des mensualités équivalentes au SMIC, tandis que tout juste 4,2% touche plus de 10 000 euros par mois. Principale source de revenus d’un auteur Ce sont les droits que lui rapportent les ventes de son livre. A chaque fois qu’il s’en vend un exemplaire, l'auteur touche un certain pourcentage, fixé par contrat, de son prix hors taxe. Ce pourcentage varie d’un éditeur à l’autre. En théorie, il est de 10% pour un roman, de 5% pour un beau livre, nettement plus onéreux. Une maison financièrement respectable ne descendra pas au-dessous du seuil de 8% de droits d’auteur alors qu’un petit éditeur, sous prétexte qu’il est petit justement et n’a donc pas beaucoup d’argent, peut dégringoler à 3%, voire moins. Le code de bonne conduite éditoriale veut aussi que les droits augmentent avec les ventes : l'auteur perçoit entre 8% et 10% jusqu’à 10 000 à 15 000 exemplaires vendus, puis 12%, puis 14%. Arnaques aux droits d'auteur Dans un article intitulé Les écrivains dans la dèche, publié dans le journal Marianne daté du 27 octobre au 2 novembre 2007, un écrivain raconte, mortifié, comment il s’est fait arnaquer par son éditeur : ce dernier a réussi à lui faire signer un contrat lui cédant 3% de droits jusqu’à 1 000 exemplaires, 5% jusqu’à 3 000, 7% jusqu’à 7 000 et 10% au-delà de 10 000. L'auteur a accepté, pensant atteindre facilement les 10 000 exemplaires, et s'en est mordu les doigts. De même, la pratique qui consiste à imposer, par contrat, un seuil de vente au-dessous duquel l’auteur touche 0% de droit est à la limite de l’escroquerie. L’auteur devra patienter avant de pouvoir toucher ses droits : ils ne lui seront versés que six mois après la clôture de l’exercice de l’année au cours de laquelle il a publié son livre. Si celui-ci est sorti en janvier 2010 par exemple, il lui faudra attendre juin 2011, au plus tôt, pour recevoir son chèque. Les éditeurs traînent beaucoup des pieds quand il s’agit de payer et il n’est pas rare de devoir leur réclamer son dû. L’à-valoir Pour tenir financièrement le temps de toucher ses droits, l’auteur ne peut compter que sur ses réserves, ou sur un revenu annexe. Les bonnes maisons d’édition filent un petit coup de main en lui versant un à-valoir, une petite somme dont la moitié est remise lors de la signature du contrat, le reste lors de la livraison du manuscrit. Attention, l’à-valoir n’est pas une subvention mais une avance sur les droits d’auteur, et l’éditeur la déduira de ces derniers au moment de les régler. L'à valoir, une fois versé, est considéré comme acquis, il appartient définitivement à l’auteur ; l’éditeur ne peut pas lui en réclamer le remboursement si les ventes ne décollent pas et ne couvrent pas la somme qu’il a du débourser. Il en sera alors de sa poche, et c’est pourquoi les petites maisons d’éditions, économiquement fragiles, font généralement l’impasse sur l’à-valoir. Quant aux autres, elles ont de plus en plus tendance à le réduire à la portion congrue. En moyenne, une bonne maison donne entre 2 000 et 3 000 euros d’avance pour un premier roman. Beaucoup se contentent de jeter 1 500 euros à l’auteur, y compris lorsque c’est son second ou troisième roman. C’est aujourd’hui pratiquement le maximum auquel peut prétendre un auteur inconnu. Les à-valoir vraiment intéressants, de plus de 10 000 euros, sont réservés aux auteurs maisons, plumes chevronnées qui ont fait leurs preuves et avec lesquelles l’éditeur sait que, d’une manière ou d’une autre, il entrera dans ses fonds. Les très grosses avances sont réservées aux gros vendeurs, aux valeurs sûres sur un plan commercial, tel le million d’euros empoché par Michel Houellebecq pour La Tentation d’une île. Où encore aux gros coups, des livres à fort potentiel sur lesquels l’éditeur a décidé de miser, comme Les Bienveillantes de Jonathan Littel. Les ouvrages rangés sous les labels « technique », « scientifique », « universitaire », « science humaine », et autres sont, de loin, les plus maltraités. Lorsque, par miracle, ils reçoivent un à-valoir, celui-ci est si ridicule qu’il en devient symbolique. L’auteur d’un roman de vulgarisation scientifique qui s’est fort bien vendu s’est ainsi demandé s’il allait encaisser le chèque remis par son éditeur – qui a tout de même déboursé un million de dollars pour les mémoires d’un président ! - tant la somme inscrite dessus était misérable. Entre l’à-valoir et les ventes de son livre, l’auteur n’est même pas sûr, en définitive, de toucher le moindre euro de droits. Admettons que son livre soit vendu 20 euros HT ; s’il a reçu 2 000 euros d’avance, il doit dépasser les 1 000 exemplaires vendus avant de commence à engranger des sous. Or, 1 000 exemplaires est aujourd’hui tout ce que peut espérer un premier roman… Vivre de son écriture Ce
n’est pas impossible, à condition de publier régulièrement, une fois
par an, des livres dont il s’écoulera à coup sûr au moins 10 000
exemplaires. Et d'avoir un éditeur compréhensif, dont les généreux
à-valoir compenseront les mois de disette entre deux chèques de
droits d’auteurs. Mais qui, aujourd’hui, peut être certain que son
livre sera vendu à Les aides à l'écriture En dehors des minuscules avances versées par l’éditeur et de ses éventuels droits d’auteur, l’écrivain n’a pas beaucoup d’autres sources de revenu. Ce sont essentiellement les aides à l’écriture et les bourses proposées par certains conseils régionaux, par des organismes comme le CNL (Centre National du Livre) ou des fondations privées comme la Fondation Hachette qui aide les jeunes écrivains (se renseigner auprès de la Maison des écrivains, qui a publié un Guide des aides aux écrivains en 2000 ). Elles ne sont délivrées qu'aux auteurs ayant publié, et ce ne sont pas ces aides, ponctuelles, qui lui permettront de vivre. Elles restent un coup de pouce appréciable en période de vaches maigres et bien des écrivains confirmés avouent sans honte y avoir recours lorsque leurs livres se vendent nettement moins bien que prévu.Les écrivains ne bénéficient pas d’un statut comparable à celui des intermittents du spectacle qui touchent des allocations entre deux contrats, leur permettant de ne pas sombrer dans la misère, et ils ne peuvent compter que sur leur travail. C'est pourquoi la plupart ont un second métier, y compris ceux qui se vendent bien. Les purs et durs, décidés à ne vivre que de leur écriture, sont souvent dans une grande précarité, d'où le conseil de la SGDL, la Société des Gens de Lettres : s'assoir sur leur orgueil et demander le RMI. Pour pouvoir se consacrer entièrement à l'écriture, il faut soit être rentier, soit être entretenu par son conjoint. Il se trouve que, selon l'enquête menée par le sociologue Bernard Lahire (La condition littéraire. La double vie des écrivains, éditions La Découverte), les auteurs qui ont bénéficié de l’aide financière et du soutien de leur conjoint sont les plus nombreux à avoir eu reconnaissance, prix et... l'argent qui va avec. Voir : Les écrivains qui ont le plus vendus en 2007 . |