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5 - Gérer l'attente et le refus
Vous
pouvez envoyer tous vos manuscrits d’un coup, ou imiter
cet écrivain qui n’en expédiait qu’un par semaine pour tromper le temps
et
l’angoisse. N’espérez surtout pas une réponse dans les jours qui
suivent, cela
arrive mais c’est rarissime. Préparez-vous
à une longue attente, deux mois au minimum, jusqu’à
six mois pour
certaines maisons. N’essayez pas d’appeler pour savoir où ils en sont,
vous ne
réussirez qu’à vous faire jeter et à vous rendre définitivement
antipathique.
La première lettre de refus est
un vrai choc : trois
lignes annonçant avec une froide indifférence que « votre ouvrage n’entre
pas dans le cadre de nos collections », ou que « malgré des qualités
évidentes, il n’a pas fait l’unanimité au sein du comité
éditorial ». Ils
ont plusieurs formules comme ça, toutes plus vagues et stéréotypées les
unes
que les autres. Cette lettre est une lettre type, tous les auteurs
refusés
reçoivent exactement la même, n’y cherchez pas de message subliminal ou
un
quelconque encouragement adressé spécialement à vous. Elle a été
tournée de
telle sorte qu’elle puisse justifier tous les refus sans avoir à les
justifier
vraiment, et vous ne saurez rien des véritables raisons qui ont motivé
votre
rejet.
Vous pouvez toujours essayer de demander votre fiche de
lecture pour savoir ce qui ne va pas avec votre manuscrit, mais les
éditeurs ne
les communiquent généralement pas, ou difficilement. Vous ne saurez
rien non plus de
l’obscur
jury qui vous a cloué au pilori. Qui sont ses membres, que font-ils,
ont-ils la
légitimité nécessaire pour vous juger ? Mystère.
Essuyer deux, trois, quatre refus
est
tout à fait normal, cela arrive régulièrement à des
auteurs confirmés. Vous ne
devrez commencer à sérieusement vous inquiéter qu’à la cinquième ou
sixième
lettre type : c’est le signe que quelque chose cloche avec
votre
manuscrit. Ne vous précipitez pas pour refaire une nouvelle liste
d’éditeurs,
attendez la suite des retours et essayez de vous faire une raison. Il y
aura
peut-être une bonne surprise, mais ne comptez pas trop dessus. Au bout
du dixième
refus, en général les carottes sont cuites.
Lorsque le rejet de la
profession
est aussi unanime, dites-vous bien
que c’est à cause de votre manuscrit.
Beaucoup d’écrivants refusés se consolent de leur échec en rejetant
toute la
faute sur l’éditeur. Leur livre était bien trop original, bien trop
d’avant-garde, bien trop libre et fier pour une édition française qui
ne brille
pas par son courage ! Après tout, Marcel Proust a été
contraint d’éditer
son monument, A
la Recherche du Temps Perdu, à compte d’auteur
chez Grasset ; John Kennedy O’Toole a été tellement déprimé
par l’accueil
fait à son livre
aujourd’hui cultissime, La
conjuration des imbéciles, qu’il s’est suicidé. Il est
certes
plus agréable et valorisant de se dire que son manuscrit appartient à
la
prestigieuse catégorie des chefs d’œuvre méconnus que de devoir
reconnaître, la
mort dans l’âme, qu’il ne vaut pas un clou : les Marcel Proust
ou les
Kennedy O’Toole sont statistiquement aussi rares que des truffes de dix
kilos.
Aussi hermétiques, opaques, convenus, hargneux et méprisants
soient-ils, les
comités de lecture ne sont pas stupides au point de les laisser filer
lorsque,
par miracle, ils tombent sur un bijou de ce genre.
La réalité est beaucoup
prosaïque : l’écrasante majorité
des manuscrits expédiés par la poste sont rejetés soit parce qu’ils
entrent
dans la catégorie qui a le don de mettre les éditeurs hors d’eux
(autobiographies
et compagnie), soit parce qu’ils sont vraiment très mauvais.
Intrigue qui
ne tient pas la route, dialogues idiots, personnages nuls, écriture
tout juste
au niveau d’une rédaction de lycéen. Ceux-là ne verront jamais
s’abaisser le
pont-levis de Fort-Livre, il vaut mieux les oublier, définitivement.
Sans
regrets : il n’existe pas d’écrivain qui ne traîne derrière
lui un plein
tiroir de rebuts honteux. Ceux qui prétendent le contraire mentent.
Il existe un autre type de manuscrit refusé, beaucoup
plus rare
que le premier : celui qui a vraiment quelque chose, du coffre
et du
potentiel, mais qui est encore très maladroit dans sa forme. Mauvaise
construction, passages bâclés, écriture limite. Celui-là peut être
sauvé, à
condition de le reprendre et le retravailler en profondeur. Il arrive
parfois
qu’un éditeur, ayant repéré la perle brute, la prenne sous son aile et
fasse
l’effort de la peaufiner avec l’auteur. Malheureusement, le cas est de
plus en
rare et le bon livre potentiel sera mis de coté comme les autres, sans
un mot
d’encouragement …
6 - Que faire lorsque son manuscrit ne trouve pas
preneur ?
D’abord, prendre tout son temps
pour
digérer l’échec. C’est un cap très pénible à passer, très
dévalorisant, au
cours duquel on ne peut s’empêcher de tout remettre en cause :
son talent,
ses illusions, sa vie, ses espoirs, ses rêves….
Poser
son stylo et faire le point. Avant de se plonger dans un
nouvel ouvrage et envoyer une nouvelle rafale de manuscrits qui auront
toutes
les chances d’être refusés à leur tour, poser son stylo pendant
quelques
semaines, voire quelques mois, et tenter de cerner, le plus
objectivement et
humblement possible, les raisons pour lesquelles on s’est fait jeter de
partout. Sait-on vraiment écrire ? A-t-on la capacité de
raconter une
histoire ? D’ailleurs, a-t-on quelque chose à
raconter ? Pour savoir
où on en est par rapport à ça, le mieux serait de se faire relire par
une
personne extérieure, objective et compétente. Si c’est impossible,
alors il
faut lire, lire, et encore lire…. Ce n’est qu’en comparant son travail
avec
celui des autres qu’on arrivera à mettre le doigt sur ses manques et
ses
insuffisances.
L’écrivain autodidacte est un
mythe. Un écrivant n’a aucune chance de publier un jour
s’il s’obstine à
ignorer les recettes éprouvées, les ingrédients mille et mille fois
utilisés,
les petites et grosses ficelles du métier. L’écriture n’est pas un
art mais un artisanat qui réclame un certain
savoir-faire. La plupart
des écrivains l’ont acquis grâce à la lecture, la meilleure école
d’écriture
qui soit. Il faut lire de manière professionnelle, froide,
intelligente, détachée,
et non comme le lecteur lambda qui attend juste une bonne histoire. Il
faut
étudier les mots, les phrases, les expressions utilisées, la manière
dont les
autres tournent leurs dialogues, leur façon de décrire un personnage.
Chercher
ce qui fait la différence, pourquoi on rit à un endroit et on pleure à
un
autre, pourquoi ici on accroche et là on décroche. Il faut lire avec un
stylo
et un carnet, noter, recopier, décortiquer, mettre de coté ce qui a
emballé et
ce qui a déçu, essayer de comprendre pourquoi. S’imposer des exercices
d’écriture, s’entraîner à écrire une scène d’amour, un meurtre, une
description ; s’astreindre, comme Bernard Werber, à écrire
régulièrement
des nouvelles ; comparer son travail avec celui des autres et
repérer leurs
ficelles, leurs trucs et astuces.
Le mot, la phrase, le style ne
doivent pas devenir une obsession. S’il y a vraiment des
lacunes de ce coté,
qu’on ne peut pas s’en sortir seul, ne pas hésiter à s’inscrire à un
atelier
d’écriture. Le bon usage de la langue n’est pas inné, savoir tourner de
belles
phrases n’est pas un don du ciel, cela s’apprend. Le
mot seul, aussi beau soit-il, n’a jamais fait un bon
livre. Pas besoin de devenir un as de la langue français pour écrire de
bons
bouquins : le style d’un Bernard Werber, d’un Guillaume Musso,
Lévy, d’un
Grangé… est à la limite du rudimentaire, et pourtant cela marche. Pour
une
raison simple : ils savent raconter d’excellentes histoires.
Toujours
privilégier le fond sur la forme, ce qu’on a à dire sur la manière de
le dire.
Appliquer la méthode de James Ellroy, célèbre auteur de polars
américain qui construit
toujours ses histoires de A à Z avant de se lancer dans leur rédaction.
S’assurer d’abord qu’elles fonctionnent bien, que les personnages et
les
situations décrites sont crédibles avant de passer à
l’écriture.
Ecrire
simplement, faire des phrases courtes, laisser tomber le vocabulaire
qu’on ne
maîtrise pas, ne pas vouloir faire « poétique » à
tout prix, user des
adjectifs et des adverbes avec parcimonie. Enfin, faire l’effort de se
relire à
voix haute : les maladresses, les expressions tordues et les
phrases
bancales deviennent évidente lorsqu’on les a sur la langue.
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