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Les agents littéraires en France : réservés aux richesPouvoir
se consacrer à l'écriture sans avoir à se préoccuper de rien d'autre.
Ni de l'éditeur, ni de l'argent, ni des contrats, ni des ventes. Un
rêve, hélas inaccessible à l'écrasante majorité des auteurs
français, condamnés pour de longues années encore à devoir se
débrouiller seuls pour trouver un éditeur, lui arracher quelques sous
et négocier ses droits pied à pied. Les rares agents littéraires
implantés en France sont réservés aux gros bonnets, aux best-sellers,
aux fils et filles de, aux auteurs déja riches et reconnus. Bref, à
ceux qui, en théorie, n'en ont pas besoin... Petits, obscurs, sans
grade et sans relations, passez votre chemin : il est encore bien loin le
jour où le manuscrit de l'un de vos semblables s'arrachera à prix d'or
grâce à une bonne fée littéraire.
C’est un conte de fées spécial écrivains, comme les suppléments littéraires en rapportent de temps à autres. La belle histoire de Chad Harbach, ancien diplômé de Harvard qui croyait tant en son destin d’écrivain qu’il lui a tout sacrifié, choisissant de vivoter de petits jobs alimentaires pour pouvoir se consacrer pleinement à l’écriture. Il était au chômage lorsque, au bout de neuf longues années, il a enfin bouclé son premier manuscrit, cinq cent pages dédiées au base-ball. Et le miracle a eu lieu : les droits du pavé de Chad Harbach se sont vendus 650 000 dollars après des jours d’enchères frénétiques. Ah ! Comme il doit être bon d’être écrivain outre-Atlantique… Il n’y a qu’aux Etats Unis où le premier manuscrit d’un sombre inconnu est susceptible de s’arracher des centaines de milliers de dollars. Parfois, l’œuvre est vendue avant même d’être achevée tant l’appétit des éditeurs est vorace et la concurrence féroce. Oh oui, bien sûr, ce genre d’histoire reste exceptionnel. Mais le fait même que cela arrive justifie que, comme Chad Harbach, on puisse courir le risque de tout laisser tomber pour écrire. Nul ne vous regardera avec commisération, comme en France où le seul jackpot qu’un primo-romancier peut espérer décrocher est le RMI.
Vu depuis l’Hexagone, le jeu éditorial et littéraire
américain parait bien plus ouvert, tout le monde semble y avoir sa chance et, lorsqu’on
gagne, cela se chiffre en dizaines, voire en centaines de milliers d’euros. La
différence entre les deux systèmes, tout le monde la connait : c’est
l’agent littéraire. Les agents littéraires : état des lieux. Homme
ou femme, l’agent littéraire est, en France, une
sorte de serpent de mer qui ressurgit régulièrement, au gré d’affaires
retentissantes. Le transfert de Christine Angot de Flammarion au Seuil
en
2008 par exemple, négocié autour de 240 000 euros par l’agent
américain Andrew Wylie. Très mauvais plan pour le Seuil, Angot n’ayant
réussi à vendre sa daube Le
marché des amants qu’à 18 000 exemplaires. Ou encore le Goncourt
attribué aux Bienveillantes de Jonathan Littell, manuscrit apporté sur
un plateau à Gallimard par l’agent anglais Andrew Nurnberg. Qui n’a pas rêvé pouvoir faire la
même chose que Jonathan Littell, Chad Harbach et la quasi-totalité des auteurs
américains ? Confier son manuscrit à un intermédiaire pugnace qui montera au
créneau à sa place, ira chercher et trouver un éditeur, négociera sous à sous contrats
et à-valoir, prendra les gnons et défendra au mieux ses intérêts. Ce serait
tellement plus confortable… Les auteurs français devront hélas encore ronger leur
frein pendant de longues années avant de pouvoir se faire représenter par un
agent. Selon l’étude sur les agents littéraires réalisée par Juliette Joste,
éditeur free-lance, pour le compte du MOTIF, l’observatoire du livre et de
l’écrit en Ile de France (disponible sur le site www.lemotif.fr ) la France est un pays particulièrement hermétique
aux agents d’auteur. Il existe, en gros, deux types d’agents. Le premier se cantonne aux questions commerciales, c’est un négociateur mandaté par l’éditeur pour négocier les ventes de droits à l’étranger, les cessions audiovisuelles et les produits dérivés. Le second, l’agent d’auteur, est le « bon » agent, celui qui prend en charge l’écrivain et le manuscrit, se démène pour leur trouver un éditeur et défend leurs intérêts auprès de ce dernier. En France, la plupart des agents, soit une vingtaine d’après l’étude du MOTIF, sont des intermédiaires commerciaux. Seule une poignée d’entre eux s’occupe d’auteurs : les célèbres Susanna Lea et François Samuelson, et les plus modestes Pierre Astier, Marie-Sophie du Montant (représentante de l’agence Global Literary Management) et Virginia Lopez-Ballesteros, dont l’agence est basée à Madrid. Entre 250 et 300 auteurs français seraient représentés par des agents, parfois seulement pour une partie de leur œuvre ou pour certains droits, étrangers et audiovisuels notamment. A titre comparatif, 465 agents
ont été officiellement recensés aux Usa, et plus de 1500 officieusement. Ils
sont 40 en Espagne et environ 150 en Allemagne où, grâce à eux, les à-valoir
pour les premiers romans sont passés de 2 500 euros il y a quinze ans, à entre
10 000 et 20 000 euros aujourd’hui. Les agents d’auteur sont devenus
incontournables partout en Europe, sauf en France où les éditeurs leur opposent
une résistance méfiante. <<< sommaire lire la suite >>> |